LE TOUR D'AUSTRALIE - Août 2002

 

- AU COEUR DU PAYS -


Départ par l'Outback

Mon stage à peine terminé en fin juillet, que je me préparais déjà à savourer des vacances bien méritées. Jean Seb, un ami rencontré durant mon année passée à Nancy, est venu me rejoindre en Australie dés le mois de juillet dans le but d'effectuer ensemble le tour de l'Australie en voiture (avec Esperance !) durant le mois d'août.

La préparation de ce long et grand voyage nous permet de confronter nos idées et de nous mettre d'accord sur les grandes lignes de notre tour. Après avoir longuement réfléchi, nous décidons de faire notre voyage vers l'ouest pour ainsi finir par ce qui nous semble être le " meilleur " : la barrière de corail et les plages de la " Gold Coast " (réputées comme étant les plus belles plages australiennes pour surfer).

Nous partons le 31 juillet 2002 dans l'après-midi, heureux et motivés tous les deux. Avec une moyenne de 700 km par jour, nous avonceons vers l'ouest en direction de notre premier objectif : Uluru (Ayers Rock), le fameux rocher emblème de l'Australie. Pour cela, nous devons traverser l'outback australien (la seconde fois pour moi !).

L'Australie. Un trajet que nous estimons à 12 000 km ! Il faudra se préparer psychologiquement à faire beaucoup de route...

Sachant qu'il n'y a rien de significatif sur notre route, si ce n'est le désert, quelques " villes-villages " (qui ressemblent plus à des villes fantômes) et surtout la route la plus dangereuse de l'Australie à cause de ses très nombreux kangourous (voir partie baptême du feu !). Nous décidons de rouler le plus vite possible pour traverser rapidement cette région surréaliste, désertique et dangereuse. Nous roulons de jour comme de nuit en réussissant à éviter un bon nombre de kangourous (parfois en les frôlant!).

 

Un camion peut cacher un Kangourou (!)

Eviter les kangourous était un challenge intéressant qui venait pimenter un peu la conduite, mais un challenge très risqué pour Esperance. Nous avions d'ailleurs mis un pari en jeu avec Jean Seb sur le nombre de kangourous que nous pourrions réussir à éviter durant cette aventure. Celui qui en éviterait le plus se verrait offrir une invitation au restaurant dés notre retour à Sydney. Pour être valider comme un évitement, le kangourou devait se trouver en plein dans la trajectoire de la voiture et évité en le contournant sans le toucher ou du moins sans qu'il n'y ait un choc avec la voiture. En sachant que toute erreur signifierait (probablement) la mort d'Esperance et donc la fin de notre voyage.

A peine réveillé le second jour de notre voyage, nous décidons de rouler derrière les camions pour nous protéger de ces chers kangourous. Le concept est simple. Nous collons le camion au maximum, ainsi ce dernier peut nous protéger des kangourous qui se trouvent sur la route. Mais c'était en oubliant que le kangourou pourrait être écrasé par le camion et être ensuite sur notre route. C'est malheureusement ce qui nous arrive en ce second jour de voyage. Sans visibilité (à cause du camion qui roule à quelques mètres devant nous), nous nous prenons un kangourou adulte (et déjà mort) de plein fouet à 110 km/h. Jean Seb parvient malgré les dures conditions (derrière un camion…) à éviter le pire et à toucher le kangourou avec le côté gauche de la voiture. Le choc est violent et nous fait craindre le pire. Une odeur de brûler se dégage de la voiture et le volant ne contrôle plus vraiment la direction des roues.

Nous décidons alors de nous diriger vers le nord en passant par les Kings Canyon (après le Grand Canyon aux USA, tous les autres Canyons me paraissent petits !) et par Alice Springs, une ville au cœur du désert. Avec une architecture plus proche des westerns que des villes modernes, elle a un charme indéniable mais semble éloigné de tout. Nous poursuivons notre chemin vers le territoire du Nord en direction de Darwin.

 

La richesse du Nord Territory...

 

Coober Pedy, une ville au millieu de nulle part.
Après cette première réparation, nous sommes plus déterminés que jamais à ne plus toucher un kangourou. Nous roulons moins vite jusqu'à Coober Pedy. Une ville située au milieu de nulle part qui n'existe qu'à travers ses milliers de mines. Capitale mondiale de la production d'opale (pierre colorée qui ressemble à un cristal), c'est principalement cette seule activité qui fait vivre toute la ville. Après avoir visité une exposition souterrain, nous continuons notre route…
Uluru : un emblème au centre de l'Australie

Plus nous nous rapprochons du centre de l'Australie et plus le climat devient désertique. Le paysage est dominé par le rouge des pierres et du sable. Nous arrivons à Uluru quatre jours après notre départ. Il faut presque nuit lorsque nous voyons pour la première fois le fameux rocher d'Uluru. Il semble sortie de nulle part. A cette distance (environ 100 km) il est impressionnant. Nous rentrons la nuit dans le parc et sans pouvoir le voir, nous nous apercevons que les étoiles disparaissent progressivement du ciel. En fait, le ciel (à travers les étoiles) trace les contours du rocher, qui dans le noir prend tout l'espace se trouvant devant nous. C'est sans doute à ce moment là que nous sommes le plus impressionnés. Sans vraiment l'avoir vu, juste en l'imaginant grâce à ses contours dessinés par les étoiles. Nous dormons juste à ses pieds en réalisant que nous venons d'arriver à la première étape de notre aventure. Esperance est toujours " vivante " !

Uluru (Ayers Rock). C'est en se rapprochant par la route et dans la nuit qu'il est le plus impressionnant. Il suffit d'imaginer une route dans la nuit sans aucune lumière, un ciel parfaitement étoilé et un bloque noir (qui fait les contours du rocher) qui prend de plus en plus de place (et délimité par les étoiles) au fur et à mesure que nous rapprochons...
Le lendemain matin, avant le lever du soleil, nous sommes réveillés par une multitude de touristes qui se pressent autour d'Uluru pour le fameux lever de soleil. Nous sommes horrifiés par le nombre impressionnant de touristes autour de nous.
Des cars par dizaines qui déversent des centaines de touristes. Uluru a d'ailleurs l'air beaucoup moins surprenant que la veille en pleine nuit. A peine le soleil levé, après les prises de photo, que l'ensemble des cars de touristes repartent de là où ils viennent ! Complètement surréaliste ! Nous sommes à nouveau seul et décidons de procéder à son ascension jusqu'à son sommet. Après l'avoir contourné et trouver le chemin qui permet d'arriver en haut, nous sommes obligés de renoncer. Le vent est trop important. Déterminés malgré tout, nous décidons d'attendre quelques heures en allant visiter les Kata Tjuta (Monts Olgas).
Les Kata Tjuta sont les plus belles depuis le sommet d'Uluru...
Les Kata Tjuta sont le second site du National Parc Uluru- Kata Tjuta. Il est constitué de gigantesques roches qui, il y a des milliers d'années, ne formaient qu'un seul et même rocher qui avec l'érosion et le temps s'est scindé en plusieurs parties. Uluru devrait lui aussi se découper en plusieurs points. En observant les Kata Tjuta, on a une idée de ce que sera Uluru dans le futur…
Une ascension spectaculaire

Lorsque nous revenons devant Uluru, il est presque midi, le vent est toujours présent mais il est déjà beaucoup moins fort. Malgré cela, l'ascension reste momentanément interdite. Devant une trentaine de touristes, nous nous dirigeons droit vers l'emblème de l'Australie et commenceons progressivement sa montée. Nous sentons le regard de tous les touristes sur nous, et je dois avouer que cela nous motive encore plus. On a le sentiment d'être des héros modernes ! La première partie de l'ascension s'avère plus ardue que nous l'envisagions. La montée est extrêmement inclinée. Elle m'a semblé former un angle de 120°. En 45minutes, nous arrivons à son sommet et sommes impressionnés par la vue. Magnifique !

Kakadu
Ayers Rock

Townsville

A ce moment du voyage, nous nous trouvons au fin fond de l'outback. Aucune ville sur des centaines de kilomètres et quasiment pas de circulation sur la route. Notre voyage commence vraiment très mal. Heureusement pour nous, la route de l'outback (comme la quasi-totalité des routes australiennes) est parfaitement droite. Malgré la direction défectueuse de la voiture, nous avanceons vers la prochaine ville : Wilcannia.
Je suis en train de constater les dégâts du Kangourou que nous venons de cogner.

 

Le bout du monde est à Wilcannia

A mes yeux, Wilcannia est véritablement le bout du monde. Comment décrire cet endroit qui sur la carte de l'Australie se définit comme une ville ?! Une rue avec quelques très rares habitants (pour la plupart des aborigènes) assis sous un soleil de plomb sans but apparent. C'est sans doute dans cette ville que l'expression " ville fantôme " prend tout son sens. Après nous avoir conduit chez l'unique " mécanicien " de la ville (un vieil homme bien sympathique mais qui n'arrête pas de parler !). Celui-ci nous dit qu'il ne peut rien faire pour nous (sympa !) car il n'a pas le matériel adéquate (son " garage " ressemblait plus à un entrepôt désaffecté !) et nous conseille d'aller à Broken Hill qui se trouve à 220 km de Wilcannia (aucune trace de vie entre ces deux villes si ce n'est des milliers de kangourous suicidaires !).

Broken Hill est une ville isolée mais avec des habitants extrêmement ouverts et bienveillants. Ce qui nous a le plus surpris est de voir tous les habitants se saluer avec courtoisie (si seulement les parisiens pouvaient s'en inspirer !). Nous trouvons un garagiste qui détecte immédiatement le problème et nous propose (après une négociation) 100 $ pour la remettre en état. C'est exactement le prix que nous comptions mettre. Nous profitons de cet arrêt obligatoire pour découvrir cette petite ville et surtout sa piscine en plein air. Progressivement notre petit malheur se transforme en moment de détente.

Jean Seb au sommet d'Uluru. Le sentiment de liberté est d'autant plus présent que nous sommes les seuls à être là !
Toute l'Australie à nos pieds. On discerne les Kata Tjuta au loin telle une montagne sortie d'un autre monde, le rouge des pierres caractéristique du centre de l'Australie, les milliers d'arbres… Tout ceci ressemble à la savane africaine. Nous nous asseyons au sommet et contemplons la beauté du paysage qui s'offre à nous.
Les Kata Tjuta vu depuis le sommet d'Uluru. Elles donnent l'impression de sortir d'un livre de science-fiction !

Nous parlons du passé, de l'avenir, de l'Australie, de l'univers… Très grand moment ! Nous restons prés de deux heures en haut entouré par un silence quasi religieux. Le plus jouissif est de profiter de ce moment unique sans être gêné par le moindre touriste (pourtant si présent dans cette région !).

Au sommet, nous découvrons des pierres entreposées les unes sur les autres. Je me rappelle soudain de cette signification qui est pratiquée dans les pays arabes et que l'on m'avait expliqué lorsque j'étais encore enfant. Chacun de ces assemblages de pierre (qui forme des tours) représente " l'avenir " et le destin d'un individu. Au Maroc, on m'avait expliqué qu'il y avait certains endroits sacrés dans le monde (en général les montagnes) où il était possible de " créer " son destin en empilant des pierres les unes sur les autres. L'objectif étant de superposer le plus de pierre possible. Chaque pierre représentant une étape de notre vie.

Les "pierres du destin", celle de Jean Seb est la première sur la gauche, la mienne est complètement à droite. Les deux du milieu ont surement été faite par deux aborigènes.
Après ce grand moment, nous décidons de redescendre doucement. Au bout de 500 mètres, nous apercevons les premiers touristes qui ont suivi notre exemple. Plus nous descendons et plus le nombre de touristes augmente. Lorsque nous arrivons en bas, c'est tout simplement une queue d'une centaine de touristes qui se suit pour monter. Nous sommes horrifiés et soulagés de ne pas avoir effectué la montée dans ces conditions. Le charme aurait été sans doute en partie gâché.
Nous observons le coucher de soleil au pied d'Uluru, ce qui nous permet d'admirer le changement de la couleur du rocher qui devient de plus en plus rouge jusqu'à s'assombrir totalement. Rien de véritablement extraordinaire mais il faut tout de même reconnaître que le coucher était plus beau que le lever. Quoiqu'il en soit, je pense qu'un beau coucher de soleil se fait en observant le soleil dans son contexte et pas son impact sur un rocher. Aucun coucher de soleil ne me semble plus beau que sur une plage déserte.
Le coucher de soleil sur Uluru n'a rien d'exceptionnel, mais il est tout de même mieux que le lever !
Mount Isa
Darwin

Daly Waters

Alice Springs

Brisbane

Sydney

Broken Hill